Mariage, PACS ou concubinage au Luxembourg : les vraies différences

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Le tableau comparatif rapide
Avant d’entrer dans le détail, voici la vue d’ensemble. Ce tableau résume les différences concrètes entre les trois statuts au Luxembourg.
| Mariage | PACS | Concubinage | |
|---|---|---|---|
| Classe d’impôt | Classe 2 (imposition collective) | Classe 2 possible (sur demande, via déclaration conjointe) | Classe 1 ou 1a - pas d’imposition collective |
| Héritage légal | Le conjoint est héritier légal prioritaire | Pas d’héritage légal automatique - testament fortement recommandé | Aucun droit d’héritage - testament obligatoire |
| Droits de succession | 0 % entre époux (avec enfants communs) - 5 % sans enfants communs avec abattement de 38 000 € | 0 % après 3 ans de PACS enregistré (avec enfants communs) - 5 % sans enfants communs | 15 % minimum (taux "entre non-parents") avec majorations possibles |
| Pension de survie | Oui, sous conditions légales | Oui, sous conditions légales | Non |
| Protection du logement | Usufruit sur le domicile conjugal | Pas de protection automatique | Aucune protection |
| Séparation | Procédure de divorce devant un juge | Déclaration à la commune (même unilatérale) | Aucune formalité |
Fiscalité : qui paie le moins d’impôts ?
Classe d’impôt 2 et imposition collective
Au Luxembourg, le montant de ton impôt dépend en grande partie de ta classe d’impôt. Les couples mariés résidents bénéficient automatiquement de la classe 2 et de l’imposition collective. Concrètement, le barème progressif est appliqué sur la moitié des revenus du ménage (c’est le mécanisme du "splitting"), ce qui réduit le taux marginal d’imposition. Sur les fiches de salaire mensuelles, un conjoint est en classe 2 et l’autre au taux fixe de 15 %.
En pratique, si un des deux conjoints gagne beaucoup plus que l’autre, l’avantage fiscal est significatif. Plus l’écart de revenus est grand, plus la classe 2 fait économiser.
PACS et déclaration conjointe : même résultat, chemin différent
Le PACS donne accès aux mêmes avantages fiscaux que le mariage, mais le chemin est un peu différent. Les partenaires pacsés conservent d’abord leur statut fiscal individuel (classe 1 ou 1a) sur leurs fiches de salaire. Ils doivent ensuite demander l’imposition collective via la déclaration fiscale annuelle (modèle 100).
Au final, à revenus et déductions identiques, un couple pacsé et un couple marié paient exactement le même montant d’impôts annuel. La différence se joue sur la trésorerie mensuelle : le couple marié avance moins d’impôts chaque mois, tandis que le couple pacsé paie davantage à la source mais récupère le trop-payé lors de la déclaration. Résultat identique, timing différent.
Concubinage : chacun pour soi
En concubinage (union libre, sans aucun enregistrement officiel), chaque partenaire est imposé individuellement. Pas de classe 2, pas d’imposition collective possible. Chacun reste en classe 1 (ou 1a si parent isolé avec enfant à charge), avec le barème progressif appliqué sur la totalité de ses revenus personnels.
Pour un couple avec un seul revenu ou des revenus très inégaux, la différence d’impôt peut atteindre plusieurs milliers d’euros par an par rapport à un couple marié ou pacsé.
Et la réforme de 2028 avec la classe unique ?
Le gouvernement luxembourgeois a déposé le 6 janvier 2026 le projet de loi n° 8676 pour remplacer les trois classes d’impôt actuelles (1, 1a et 2) par une classe d’imposition unique appelée "Classe U" à partir du 1er janvier 2028. Le vote est prévu avant fin 2026, avec une mise en œuvre en 2027.
Cette réforme vise à individualiser l’imposition et à traiter tous les contribuables de manière équitable, quel que soit leur statut de couple. La Classe U sera calquée sur l’actuelle classe 1a, avec un seuil de revenu non imposable qui double (de 13 230 € à 26 650 €). Les couples mariés ou pacsés avant le 1er janvier 2028 pourront conserver le traitement fiscal de l’ancienne classe 2 pendant une période de transition de 25 ans (jusqu’en 2052), ou basculer vers la Classe U à tout moment - mais ce choix sera irréversible.
En résumé, les arbitrages fiscaux entre mariage, PACS et concubinage auront moins d’impact à partir de 2028. Mais pour l’instant, les règles actuelles s’appliquent toujours intégralement. Si tu hésites à te pacser ou te marier pour des raisons fiscales, le moment reste favorable.
Succession et héritage : le vrai piège du concubinage
C’est sur la succession que les différences entre les trois statuts sont les plus brutales. Et c’est souvent là que les couples en concubinage découvrent qu’ils ne sont pas protégés du tout.
Mariage : héritier légal et exonération
Le conjoint marié est héritier légal. Sans testament, il peut choisir entre une part d’enfant en pleine propriété (minimum un quart de la succession) ou l’usufruit du domicile conjugal et des meubles qui s’y trouvent. Sans enfant, le conjoint survivant reçoit l’intégralité de la succession.
Côté fiscal, c’est le statut le plus avantageux. La succession entre époux ayant des enfants communs est totalement exonérée de droits de succession. Sans enfant commun, le taux de base est de 5 % avec un abattement de 38 000 € sur la part nette recueillie.
PACS : presque pareil, mais après 3 ans
Le partenaire pacsé n’est pas héritier légal automatiquement. Sans testament, il ne reçoit rien. C’est une différence majeure avec le mariage. Rédiger un testament est donc fortement recommandé dès la conclusion du PACS.
En revanche, sur le plan fiscal, le PACS rejoint le mariage après 3 ans de partenariat enregistré au Luxembourg. Passé ce délai, la succession entre partenaires pacsés ayant des enfants communs est exonérée de droits, exactement comme pour les époux. Sans enfants communs, le même taux de 5 % avec abattement de 38 000 € s’applique. Avant 3 ans de PACS, le partenaire survivant est traité comme un tiers pour les droits de succession.
Le PACS ouvre aussi le droit à une pension de survie (ouvre dans un nouvel onglet) pour le partenaire survivant, sous conditions similaires à celles du mariage.
Concubinage : un taux de 15 % minimum sans testament
Et c’est là que la situation devient vraiment problématique. En concubinage, ton partenaire n’est pas reconnu par la loi comme héritier. Il n’existe pas dans l’ordre successoral luxembourgeois. Sans testament, ton concubin ne reçoit strictement rien, même après 20 ans de vie commune.
Et même avec un testament, les droits de succession sont ceux applicables aux personnes "non parentes" : un taux de base de 15 %, majoré en fonction du montant (ouvre dans un nouvel onglet) de la succession. Pour une part de 200 000 €, le taux effectif peut grimper au-delà de 25 %. Sur un bien immobilier à Luxembourg-Ville, la facture devient vite très lourde.
À titre de comparaison, un couple marié avec enfants ne paierait rien sur la même succession.
Comment protéger son concubin : testament, assurance-vie, donation
Si tu vis en concubinage et que tu ne comptes pas te marier ou te pacser, quelques outils permettent quand même de protéger ton partenaire - mais aucun n’élimine complètement le désavantage fiscal.
Le testament est le minimum absolu. Sans lui, ton partenaire n’hérite de rien. Un testament olographe (rédigé, daté et signé de ta main) est valable au Luxembourg, mais un passage chez le notaire sécurise davantage les choses.
L'assurance-vie est un outil intéressant car le capital versé au bénéficiaire désigné sort du cadre de la succession légale. Ça permet de transmettre un montant à ton concubin en dehors des règles classiques d’héritage. Mais attention : si ton bénéficiaire est ton concubin, une taxation peut s’appliquer.
La donation de son vivant est aussi une option, avec des frais d’enregistrement qui restent inférieurs aux droits de succession. Attention : si le donateur décède dans l’année suivant la donation, celle-ci est réintégrée dans la succession.
Un conseiller fiscal ou un notaire peut t’aider à structurer tout ça en fonction de ta situation. Chaque cas est différent, et les montants en jeu justifient souvent un accompagnement professionnel.
Protection du partenaire au quotidien
Pension de survie et sécurité sociale
Le mariage et le PACS donnent tous les deux droit à une pension de survie versée par la Caisse nationale d’assurance pension (CNAP), à condition de remplir les conditions légales (durée minimum de cotisation du partenaire décédé, etc.). En concubinage, aucun droit à une pension de survie. Le partenaire survivant ne perçoit rien de la sécurité sociale du défunt.
Pour les congés extraordinaires, les partenaires mariés et pacsés bénéficient des mêmes droits (congé en cas de décès du partenaire, par exemple). Les concubins n’y ont pas accès.
Logement commun en cas de décès
Le conjoint marié peut choisir l'usufruit du domicile conjugal. C’est une protection concrète : il peut continuer à vivre dans le logement familial même si le bien appartenait au défunt.
Le partenaire pacsé ne bénéficie pas de cette protection automatique. Il faut la prévoir par convention ou par testament.
Le concubin n’a aucun droit sur le logement commun. Si le logement appartenait au défunt, le concubin survivant peut se retrouver contraint de quitter les lieux, parfois dans des délais très courts. C’est l’un des scénarios les plus douloureux du concubinage non anticipé.
Séparation : quels droits ?
Le mariage nécessite une procédure de divorce devant un juge, avec partage des biens selon le régime matrimonial choisi (communauté légale par défaut, séparation de biens, ou communauté universelle).
Le PACS peut être rompu beaucoup plus simplement : par déclaration conjointe des deux partenaires à la commune, ou même par déclaration unilatérale (ouvre dans un nouvel onglet) d’un seul partenaire (avec information par huissier). Pas besoin de passer devant un juge.
Le concubinage se termine sans aucune formalité. C’est à la fois l’avantage et le risque : il n’y a aucun cadre légal pour organiser la séparation, le partage des biens ou les éventuelles compensations.
Tes questions, nos réponses
Fiscalement, les deux statuts aboutissent au même résultat grâce à l’imposition collective en classe 2. La vraie différence se joue sur la succession et la protection du partenaire. Le mariage offre un héritage légal automatique et l’usufruit du domicile conjugal. Le PACS nécessite un testament pour protéger le partenaire, mais offre l’avantage d’une rupture simplifiée. Le choix dépend de ta situation personnelle.
Non. La classe 2 et l’imposition collective sont réservées aux couples mariés et aux partenaires pacsés. En concubinage, chaque partenaire reste en classe 1 (ou 1a). La réforme fiscale prévue pour 2028 devrait réduire cet écart avec l’introduction de la Classe U.
Le concubin est considéré comme un tiers par la loi luxembourgeoise. Sans testament, il n’hérite de rien. Avec un testament, il est soumis à un taux de base de 15 %, majoré en fonction du montant hérité. Les droits de succession effectifs peuvent dépasser 30 % pour des montants importants. Un notaire ou conseiller fiscal peut t’aider à optimiser la transmission.
Après 3 ans de PACS enregistré au Luxembourg (ouvre dans un nouvel onglet), la succession entre partenaires ayant des enfants communs est exonérée de droits, comme pour les époux. Sans enfants communs, un taux réduit de 5 % s’applique avec un abattement. La grande différence reste que le partenaire pacsé n’est pas héritier légal : sans testament, il ne reçoit rien.
La Classe U prévue pour 2028 devrait réduire l’avantage fiscal du mariage et du PACS par rapport au concubinage, puisque tous les contribuables seront imposés sur un barème individuel. Les couples mariés ou pacsés avant 2028 garderont l’option du barème classe 2 pendant 25 ans. En revanche, les avantages en matière de succession et de protection sociale (pension de survie, usufruit du logement) ne sont pas concernés par cette réforme fiscale. Le mariage et le PACS resteront bien plus protecteurs que le concubinage sur ces aspects, même après 2028.

